Dans le cadre du midi inclusif « Dans ma peau », qui s’est tenu le 12 mars dernier, une étudiante du Service adapté a partagé un témoignage profondément touchant intitulé « Les sacs à dos invisibles ». À travers des mots justes et poignants, elle met en lumière ces réalités intérieures que l’on ne voit pas, mais qui façonnent le quotidien de nombreuses personnes. Ce texte, qui a su émouvoir et faire réfléchir, nous rappelle l’importance de l’empathie, de l’écoute et de l’ouverture envers les différences invisibles.
« Je m’appelle Anne et, dans mon enfance, j’ai découvert que je portais un sac à dos invisible depuis ma naissance. Au primaire, quelqu’un l’a ouvert pour moi pour la première fois et y a imposé un diagnostic accompagné d’une prescription jugée « nécessaire à la réussite ». J’étais encore toute petite et ce sac paraissait déjà trop lourd pour mes épaules.
En l’ouvrant, j’y découvre un document marqué « CONFIDENTIEL » qui explique en détail ce qui me rend différente des autres. La Anne pétillante, enjouée et débordante d’énergie, devient la Anne calme, réservée et posée.
Anne a tenté à plusieurs reprises de retirer ce sac permanent. Elle comprend rapidement qu’il devra rester son plus grand secret.
Dans ce sac, Anne retrouve toujours la même pomme pourrie qui rend son alimentation très difficile.
Aux yeux des autres, Anne est studieuse, sportive, mince, entourée d’amis et obtient de bons résultats scolaires. Pourtant, la réalité est tout autre. Anne vit avec une souffrance invisible, si bien dissimulée que personne ne la voit, pas même elle-même.
Les parents d’Anne se battent avec elle à chaque repas pour la faire manger. Pour Anne, chaque repas est une torture. Son corps croit qu’on tente de l’empoisonner avec cette pomme pourrie. Un enfer trois fois par jour, chaque jour, chaque semaine, chaque mois, chaque année. 1095 fois par année.
Anne consulte à plusieurs reprises pour des symptômes physiques chroniques. Palpitations cardiaques, transpiration excessive, tensions musculaires, vomissements fréquents, insomnie, troubles digestifs. Pourtant, ce n’est pas son corps qui souffre le plus, même si Anne ne s’en doute pas encore. Elle a tellement honte de son sac à dos et de ce qu’il contient qu’elle devient experte pour le cacher.
Anne quitte finalement sa ville natale, en région éloignée, pour s’installer à Montréal où être différent attire un peu moins les regards. Pour la première fois, son sac à dos semble légèrement moins lourd à porter.
En rencontrant d’autres personnes, Anne réalise qu’elle est bien différente des autres. Cherchant désespérément à se comprendre, Anne décide finalement de consulter pour obtenir des réponses. Elle rencontre la Docteure S, experte en santé mentale. Contrairement aux professionnels qu’elle a rencontrés auparavant, la Docteure S comprend immédiatement ce qu’Anne vit depuis l’enfance.
Au fil des rencontres, la Docteure S met enfin des mots sur ce que contient ce sac à dos, dont plusieurs diagnostics et traitements encore trop souvent tabous. Le sac devient alors si lourd qu’Anne pense qu’il va l’écraser, l’achever. « C’est dans ta tête, Anne, mais c’est tout aussi réel que si c’était physique. Ton cerveau et ton corps sont connectés. Je serai là pour t’accompagner. »
Par moments, le sac à dos devient si lourd qu’il semble presque impossible à porter. Pourtant, il demeure invisible aux yeux des autres.
Avec le temps, Anne apprend peu à peu à apprivoiser ce sac à dos. Elle comprend que le cacher ne fait que l’alourdir tandis que le partager l’allège.
Malgré tout ce qu’il contient de négatif, le sac à dos d’Anne lui offre aussi des super pouvoirs, celui de reconnaître les sacs invisibles que portent les autres. Elle peut choisir d’en parler ou de garder le silence, mais le sac fera toujours partie d’elle.
Aujourd’hui, je reçois de l’aide en santé mentale depuis plusieurs années. Je n’ai jamais été aussi heureuse de comprendre mes propres différences et celles des autres.
Je milite maintenant pour ce qui était autrefois mon plus grand secret, la santé mentale et la neurodivergence.
Soyez gentils. Soyez patients. Ne jugez pas.
On ne choisit ni son cerveau ni le sac à dos que l’on porte. »
Future infirmière en santé mentale